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Échos d'Amazonie, un orchestre symphonique de jeunes entre la Guyane et le Brésil

Un entretien avec Michaëlle Ngo Yamb Ngan, Directrice du Conservatoire de Musique, Danse et Théâtre de Guyane.

Bulletin des Auteurs – Vous êtes à l’origine de ce projet commun entre Belém et Cayenne.

Michaëlle Ngo Yamb Ngan – Il y avait déjà eu des expériences d’échanges artistiques et pédagogiques entre la Guyane et le nord du Brésil portées par mon prédécesseur M. Serge Long Him Nam, désormais président du conseil d’administration du Conservatoire de Musique Danse et Théâtre de Guyane. Mais il est vrai que la Saison France–Brésil a donné une nouvelle dimension à notre projet, que nous souhaitons maintenant inscrire dans la durée.

Ces territoires partagent les mêmes enjeux d’éloignement vis-à-vis de leurs capitales respectives.

J’ai très vite identifié qu’il était nécessaire d’unir nos forces avec les pays voisins pour proposer à nos jeunes une expérience marquante et d’ampleur. En cela, l’obtention du label Saison France–Brésil par l’Institut Français a été une réelle opportunité et a donné à ce projet l’envergure que l’on a connue par les moyens de communication, l’accompagnement financier et les liens avec les mécènes.

Les leviers pour la réussite de ce projet étaient tout d’abord de miser sur la jeunesse en constituant un orchestre amazonien de jeunes âgés de 14 à 25 ans de Guyane et du nord du Brésil. Et enfin donner vie à ce projet de la manière la plus moderne qui soit, à savoir donner la part belle à la création.

Nous avons donc proposé à quatre compositeurs d’écrire pour cet orchestre symphonique Échos d’AmazonieCibelle Donza, compositrice de Belém, Pierre Thilloy, compositeur français collaborant depuis quelque temps avec Belém, Fabrice Pierrat et Denis Lapassion, tous deux compositeurs de Guyane. Ils ont en commun une expérience et un regard sur l’Amazonie et ses pratiques artistiques. Ils ont offert « une photographie sonore de la Guyane et du nord du Brésil ».

À réception des partitions, chaque école de musique a eu la responsabilité de sélectionner les élèves et de les faire travailler. C’est lors des sessions en tutti que les 77 jeunes se sont réunis pour répéter, à Belém puis à Cayenne, une semaine avant chaque représentation, données à Belém en décembre 2025 puis à Cayenne en janvier 2026.

Pouvoir jouer l’œuvre d’un compositeur vivant, et présent aux répétitions, est une belle expérience.

L’investissement des chefs d’orchestre, Miguel Campos Neto qui dirige l’Orquestra Sinfônica do Theatro da Paz [OSTP], et Franck Bilot, qui dirige l’Orchestre symphonique du Conservatoire de Guyane, a structuré notre projet tout au long et lui a littéralement donné vie.

B. A. – Pierre Thilloy a eu le sentiment que l’auteur était réellement au cœur de votre projet.

Michaëlle Ngo Yamb Ngan – La création, associée à la jeunesse, constituait le cœur de notre projet. Il était normal de respecter cela en mettant en place les conditions pour mettre en valeur les œuvres des compositeurs. Je pense sincèrement, en tant que musicienne, que cela ne doit pas être exceptionnel.

Il y a tout d’abord eu une réelle volonté, une réelle commande des grandes institutions de France et du Brésil, de la Guyane française au Parà, de collaborer en ces termes. Cela passe par le respect de leurs statuts également. Il convient de valoriser les partenariats qui furent nombreux à savoir les écoles la Fundacao Carlos Gomes et l’Emufpa, l’Academia Paraense de Musica, la Collectivité Territoriale de Guyane et l’EPCC les Trois Fleuves, dont la directrice Mme Yasminah Bellony a pu m’écrire à l’issue des représentations les mot suivants « …quand le travail d’équipe se fait dans le respect de chacun, les projets deviennent plus simples et aboutissent. »

L’équipe administrative et pédagogique du Conservatoire de Musique Danse et Théâtre de Guyane s’est totalement impliquée. Nous avions un calendrier tellement resserré qu’il fallait que chacun soit à son poste. Chacun a porté sa propre responsabilité au service des œuvres interprétées par ces jeunes. Ce fut une expérience collective extraordinaire.

B. A. – Quelles sont les perspectives pour l’Orchestre des Jeunes « Échos d’Amazonie » ?

Michaëlle Ngo Yamb Ngan – J’ai été émerveillée de voir et d’entendre l’Amazonie.

L’Orchestre des Jeunes « Échos d’Amazonie » a été créé à l’occasion de la Saison France Brésil organisée par l’Institut Français, dont la Commissaire était Anne Louyot. Lors de nos échanges, nous avions identifié que la réussite de ce projet résiderait dans sa longévité.

Notre ambition est bien sûr de le pérenniser, et d’aller jouer dans une grande capitale amazonienne, telle que Manaus, nous l’espérons en 2027.

Nous pourrions alors constituer un orchestre réunissant des élèves du Pará, de l’Amapá, de l’Amazonas et de la Guyane. Au fur et à mesure que nous irions jouer dans de nouveaux États ou pays d’Amazonie, notre orchestre pourrait s’enrichir d’élèves issus des écoles de musique de ces territoires. Nous avons également des liens forts avec notre voisin le Suriname. Nous pourrions ainsi réunir jusqu’à quatre-vingts élèves sur scène, chaque territoire amazonien sélectionnant une part des participants.

Nous ne nous connaissons pas assez, entre les peuples d’Amazonie. Il faudrait que les habitants de nos territoires puissent identifier clairement ce qu’est l’Amazonie, s’en saisir comme d’un espace commun, pour pouvoir poser ensemble un acte artistique fort, qui témoigne de son importance.

La transmission de notre histoire est très récente. Le programme national de l’éducation nous a toujours parlé de la France hexagonale, jamais de la Guyane. Ce que les gens connaissent de l’Amazonie, ils le doivent à eux-mêmes, non à l’école. En Guyane, nous avons parmi les populations qui constituent le socle de la société, une quinzaine de langues différentes, de traditions, de pratiques artistiques qu’il nous faut préserver. C’est précisément là que réside l’enjeu de cette coopération : faire de l’Amazonie un espace de solidarité culturelle, où les peuples se reconnaissent les uns dans les autres, et où leurs pratiques artistiques trouvent non seulement un refuge, mais un avenir commun.