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Les créateurs Lumière rejoignent l’UDS, membre du Snac
Un entretien avec Camille Dugas, scénographe, présidente de l’Union des Scénographes, représentante du groupement « Théâtre, Danse, Scénographie » du Snac, vice-présidente du Snac, et Christophe Forey, créateur Lumière.
Bulletin des Auteurs – L’Union des Créateurs Lumière (UCL) a rejoint l’Union des Scénaristes (UDS) et est devenue l’UDS-Lumière.
Christophe Forey – L’Union des Créateurs Lumière pour le Spectacle vivant était une association, qui a été fondée par Fabrice Kebour, Marie Nicolas, Stéphanie Daniel et Laurent Béal en 2009.
L’Association des Concepteurs Lumière et Éclairagistes (ACE) existe aussi, davantage orientée vers les aménagements urbains et architecturaux ainsi que l’éclairage d’exposition. Elle n’est pas concernée par ce rapprochement vers l’UDS.
L’Union des Créateurs Lumière pour le Spectacle vivant avait deux buts principaux, en premier que les éclairagistes se rencontrent, car c’est un métier très solitaire, il y a un seul créateur Lumière par spectacle, ce qui est un point commun avec les scénographes, ensuite la reconnaissance du métier de créateur Lumière, parfois assimilé à celui de régisseur Lumière, qui, lui, est un technicien. La reconnaissance de la part création dans notre travail nous permet de déclarer nos œuvres de création Lumière et de percevoir des droits d’auteur. Dans les années 2010 ce statut d’auteur était rejeté, catégoriquement. À l’époque l’Opéra comique a été attaqué parce qu’il avait payé des concepteurs Lumière en droits d’auteur.
Grâce également au travail de l’UDS, aujourd’hui nous sommes reconnus comme artistes auteurs. Pour chaque création Lumière sur un spectacle, une part Création Lumière peut nous être payée pour une part en droits d’auteur, et d’autre part en salaire (sous le régime de l’intermittence) pour le temps de travail passé sur place. Auparavant, pour bénéficier de cette part en droits d’auteur, les collègues devaient signer en tant que scénographes, plasticiens, vidéastes, photographes, etc.
Notre demande rejoignait les démarches de l’UDS. Depuis longtemps nous étions en dialogue avec l’UDS, nous rencontrions ensemble le ministère et les différentes tutelles, où parfois l’UDS nous représentait.
Camille Dugas – La condition des créateurs Lumière n’est pas encore pleinement satisfaisante car ils ne peuvent pas encore se déclarer en tant que tels. Ils n’ont pas de case dédiée, contrairement aux créateurs de décor. Lors du transfert de l’Agessa à l‘Urssaf Limousin, l’Union des Créateurs Lumière n’était pas autour de la table car elle n’était pas un syndicat. L’UDS a demandé que le mot « Scénographe » soit entendu au sens large du terme, c’est-à-dire celles et ceux qui dessinent la scène, acte qui peut se décliner en créateurs Décor, créateurs Costumes et créateurs Lumière.
Nous avions proposé d’inscrire ces trois catégories dans la nomenclature des artistes auteurs et autrices sous la bannière « Scénographe ». Cela devait être entériné, sauf qu’à la dernière réunion les créateurs Lumière en ont été retirés. À l’époque les créateurs Lumière n’avaient pas intégré l’UDS et nous n’avons pu les défendre comme nous l’aurions voulu. Il nous a paru alors indispensable que les créateurs Lumière nous rejoignent, afin que nous soyons plus forts, qu’ils puissent vraiment être représentés et défendus. Pour l’instant, un créateur Lumière qui veut s’inscrire à la Maison des Artistes doit dire qu’il est « Scénographe » et non « Créateur Lumière ».
Christophe Forey – L’UCL se posait la question de devenir un syndicat. Mais à la place de créer un syndicat de plus, qui aurait été un tout petit syndicat, qui aurait eu du mal à se faire reconnaître, autant rejoindre l’UDS, lui apporter nos forces, pour se faire entendre. Si chacun est isolé dans son coin, personne ne vous prête attention.
Camille Dugas – Le document qui a le mieux officialisé le statut de créateur Lumière est la fiche métier Artcena correspondante. Artcena est une antenne du ministère de la Culture, qui fait référence en termes juridiques dans nos métiers : si une compagnie ou un théâtre se pose des questions juridiques, ils peuvent appeler Artcena, qui est une source fiable. Voilà cinq ans nous avions proposé à Artcena de créer une fiche juridique pour expliquer le métier et le statut des créateurs et créatrices Décor. L’année dernière nous avons pu créer la fiche des créateurs et créatrices Lumière et des créateurs et créatrices Costumes. Ce sont trois métiers qui ont un statut extrêmement proche car ils ont tous une double casquette : artiste-auteur et intermittent du spectacle. Les créateurs et créatrices Lumière ont leur place à l’UDS parce que la scénographie peut être vue comme l’image scénique générale et donc la somme de ces trois métiers (décor, costume et lumière). Étymologiquement parlant, la Scénographie vient du grec « skènographia » (« skéné » : « la scène » et « graphein » : « écrire et peindre ») et signifie « l’art de dessiner la scène ». Or les décors, les costumes et les lumières sont des composants indispensables de la création de l’image scénique.
Christophe Forey – De plus en plus de créateurs Lumière font de la vidéo. La vidéo c’est de la Lumière. Concernant la Scénographie, souvent soit le scénographe lui-même fait sa vidéo, soit il fait appel à un vidéaste.
Bulletin des Auteurs – Votre activité de créateur Lumière est rémunérée en deux parties, droits d’auteur et salaire d’intermittence du spectacle.
Christophe Forey – Il s’agit de la même activité, divisée en deux versants d’un point de vue contractuel.
Camille Dugas – L’activité des scénographes (créateurs et créatrices de décor, de costume et de lumière) s’articule en trois parties. La première est la conception pure, forfaitaire, qui correspond à la commande et pour laquelle le scénographe est artiste-auteur. Puis vient la direction artistique de l’œuvre, qui est la période où nous faisons tout ce qui est nécessaire pour que ce que nous avons imaginé voie le jour : nous produisons des plans, des maquettes, nous assurons le suivi de chantier dans les ateliers, les répétitions et le montage sur le plateau jusqu’à la Première représentation. Pour cette partie-là, une autre difficulté tient à la diminution, voire à la disparition de nos droits d’auteur en raison d’un rapport de force extrême en ce moment avec les producteurs, qui ne nous laissent plus négocier le pourcentage sur l’exploitation.
Si nos droits pouvaient être apportés à un organisme de gestion collective, cela changerait tout (mais c’est encore un autre sujet !).
Christophe Forey – Pour le créateur Lumière, il y a en effet un travail de préparation et de conception, qui relève du droit d’auteur, puis un travail dans le théâtre, où le droit du Travail impose un contrat salarié, pour la responsabilité en cas d’accident dans le théâtre.
Bulletin des Auteurs – Dans quel cas êtes-vous aussi auto-entrepreneur ?
Christophe Forey – En dehors de la situation d’artiste auteur et de la situation de salarié en intermittence, on peut être obligé de créer une auto-entreprise pour les contrats qui nous échoient à l’étranger. Dans les années 2017-2018, une loi a imposé à toute entreprise qui engage des étrangers dans son pays à payer les charges sociales dans le pays dont est originaire la personne étrangère. Auparavant je pouvais avoir à l’étranger, en ce qui concerne le travail sur place, dans le théâtre, des contrats de salarié en intermittence, qui étaient, en plus, reconnus par le régime français de l’intermittence. À la suite de la promulgation de cette loi, les théâtres à l’étranger nous ont dit : « Nous employons des personnes de cinquante pays différents, nous n’allons pas payer des charges sociales dans cinquante pays différents. Vous nous faites une facture, et on vous paye. » C’est à moi de payer les charges sociales afférentes, et mon travail sur place, à l’étranger, n’est plus reconnu par le régime français de l’intermittence. Le travail de préparation et de conception, lui, même à l’étranger, demeure rémunéré en droits d’auteur.
Camille Dugas – Nous dissuadons nos membres de recourir à ce genre de statut parce que nous défendons le fait d’être salarié intermittent du spectacle et non prestataire de service. La perte du statut d’intermittent du spectacle serait catastrophique pour cette profession qui est déjà dans une situation très précaire. Pour ce qui est des heures effectuées à l’étranger, l’UDS se bat pour qu’elles soient reconnues en France. C’est déjà le cas pour les artistes interprètes, les metteurs en scène, les chorégraphes… C’est une grande injustice qu’elles ne le soient pas encore pour les scénographes. Or, pour ce faire, il suffirait simplement de mettre les créateurs et créatrices de décor, lumière et costume dans la bonne annexe (annexe 10 et non 8) de l’intermittence du spectacle.
Bulletin des Auteurs – L’Union des créateurs Lumière s’est dissoute pour que ses membres puissent entrer à Union des Scénographes.
Christophe Forey – Les membres de l’UCL sont devenus membres de l’UDS au 1er janvier 2025. L’Union des créateurs Lumière apporte à l’UDS son fonds d’archives, d’entretiens avec des créateurs Lumière, de dossiers techniques, de débats qui ont eu lieu, des rencontres qui se sont déroulées entre des créateurs, des fabricants d’appareil, nous allons continuer de développer ce fonds documentaire au sein de l’UDS.
Bulletin des Auteurs – Vous avez ainsi un rôle de transmission.
Christophe Forey – Nous entretenons des échanges entre les créateurs, sur la profession, et différentes thématiques, qui peuvent être très techniques, sur les conséquences de l’emploi de la couleur, ou plus générales, sur les rapports entre Lumière et Scénographie. Certains créateurs de Lumière le sont aussi de Décor, et vice versa. En juin prochain nous organisons une rencontre sur le rapport entre le Son et la Lumière.
Camille Dugas – Nous sommes heureux de nous être agrandis et que s’organisent de telles activités qui nous enrichissent tous.
L’Union des Scénographes, aujourd’hui, ce sont cinq groupements, Création Décor, Création Lumière, Création Costumes, mais aussi Scénographie d’exposition et Scénographie d’équipement.