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Une journée des scénaristes de Bande dessinée à l’ADAGP

Un entretien avec Marie Bardiaux-Vaïente, scénariste de Bande dessinée et historienne, représentante du groupement « Bande dessinée » et référente VHSS pour le Snac.

Bulletin des Auteurs – Comment est née l’idée de cette. journée ?

Marie Bardiaux-Vaïente – À l’initiative de Véro Cazot, scénariste de Bande dessinée, et de moi-même. Nous faisons suite au travail qu’a entrepris Loo Hui Phang, écrivaine et scénariste de BD, lauréate du prix Goscinny 2021, qui a rendu collective son exposition, inhérente au prix, qu’elle a intitulée : « Écrire est un métier », où elle a invité 32 scénaristes de Bande dessinée à présenter, à côté du sien, leur propre travail. Nous nous inscrivons dans le prolongement de son action.

Après que Simona Mogavino, scénariste italienne de Bande dessinée qui travaille en France, s’est insurgée sur les réseaux sociaux.

En effet, une exposition des planches d’un de ses albums de Bande dessinée ne mentionnait que son dessinateur. Nous avons alors décidé, Véro Cazot et moi, de prendre (enfin) le sujet à bras le corps, en menant une enquête de terrain. Pour ce faire nous avons tout simplement interrogé nos collègues scénaristes sur leurs pratiques de travail et leurs relations avec les autres acteurices du monde du livre.

J’ai proposé au Snac et à son groupement BD de s’associer à notre initiative. Accompagnée de Marc-Antoine Boidin et Christelle Pécout, nous nous sommes rendu.es à un rendez-vous avec Marie-Anne Ferry-Hall, la directrice de l’ADAGP. En effet, il était question de ne plus intégrer les scénaristes de Bande dessinée, qui n’auraient pas une pratique de créateurices d’images. J’ai montré mon travail (un exemple de scénario de Bande dessinée entièrement écrit et découpé case à case avec indications de mise en scène), et Marie-Anne a alors convenu qu’en effet, il n’y avait pas de doute sur la fonction des scénaristes dans la création d’images de Bande dessinée.

Nous ne voulons pas être dissociées de nos dessinateurices. Nous faisons œuvre commune. Nous retrouver, scénaristes, dans une autre OGC n’aurait eu aucun sens pour nous. Ainsi, l’ADAGP nous a réintégrées. Les inscriptions des scénaristes de Bande dessinée à l’ADAGP ont été réouvertes. Grâce à l’action du Snac.

Nous souffrons d’une invisibilisation réelle. La preuve ? Personne ne connaît notre métier. Personne n’a conscience de notre travail, personne ne comprend comment nous travaillons, on me dit régulièrement : « C’est vous qui écrivez dans les bulles ? » Non, c’est ma dessinatrice qui écrit dans les bulles. « Alors vous servez à quoi, Madame ? »

Même nos collaborateurices peuvent ne pas vraiment connaître notre métier.

Ce n’est pas une question d’ego, mais de visibilité, de prise en considération, de minoration. La Bande dessinée sans scénario, ce n’est plus de la Bande dessinée, c’est de l’illustration. Oui, écrire est un métier, qui doit être reconnu comme tel.

À l’occasion de notre présence dans les salons, avec Véro, nous avons organisé des rencontres en non-mixité, c’est-à-dire, hommes et femmes, tous genres confondus bienvenus, mais uniquement des scénaristes de Bande dessinée. La Déléguée générale du Snac, Maïa Bensimon, un ou une représentant.e, non scénariste, du groupement BD du Snac pouvaient assister, mais sans intervenir. J’ai associé Gérard Guéro à ces rencontres.

Parmi tou.tes ces auteurices, à des niveaux de carrière différents, dans des registres différents : BD indépendante, BD mainstream, etc., sont apparues des questions récurrentes, et des situations parfois hallucinantes, sur des points de considération de la part des éditeurs, voire de certains dessinateurs, mais aussi des points contractuels.

Les coloristes souffrent également. Le travail qu’a effectué Christian Lerolle en ce qui les concerne le montre plus que clairement.

B. A. – La journée à l’ADAGP, le 23 septembre prochain, restituera votre enquête.

Marie Bardiaux-Vaïente – Nous allons y faire état de notre enquête, du pourquoi de notre initiative, d’un bilan des témoignages, bien sûr anonymisés, que nous avons collectés. Nous allons donner des pistes, de bonne entente avec les éditeurs, avec les galeristes, car l’endroit où notre minoration est la plus saillante sont bien les galeries, pour lesquelles nous n’existons pas. La propriété des planches de BD est en effet une question qui demeure en suspens et en discussion. Nous allons lancer une réflexion, qui ne sera ni rigide ni contraignante, genre « il faut que tout le monde fasse comme cela maintenant », bien entendu que non, mais nous appelons à une vigilance.

Il s’agit d’une discrimination que nous vivons, et en ce sens elle doit être nommée. Nous ne sommes absolument pas dans une démarche d’adversariat, vis-à-vis des dessinateurs ou dessinatrices, simplement nous souhaiterions qu’ils réalisent que, s’iels dessinent ces planches de BD, c’est parce que, en amont, nous avons décrit et donné des éléments de mise en scène sur comment dessiner ces planches, comment les articuler, comment créer d’un scénario dactylographié une histoire, une narration, avec moult indications graphiques, de plans, de mises en scène, d’intentions dramaturgiques.

Je déteste la rancune et la rancœur. Or, je me suis rendu compte que beaucoup de scénaristes en veulent à leur dessinateur ou leur dessinatrice. Au lieu d’en parler avec elleux, parce que souvent on n’ose pas, quand il y a un problème mais qu’on se sent minoritaire socialement, conformément aux mécanismes de la domination. Il est nécessaire de mettre les choses à plat et dorénavant chacun et chacune pourra se référer à notre réflexion. Notre but, accompagnées par le Snac, est l’édition d’un livret, dans lequel inscrire les bases d’une bonne entente.

L’ADAGP a été très intéressée par notre enquête et elle nous soutient dans notre réflexion autour de notre métier.

La demi-journée du 23 septembre après-midi sera ouverte à tout le monde (éditeurices, galeristes, dessinateurices, coloristes, scénaristes, libraires, étudiant.es afin qu’iels prennent conscience du problème avant même qu’iels ne se professionnalisent) et sera animée par Véro et moi-même. Un débat fera suite.

Cette initiative se propose d’ouvrir une réflexion commune, pour fluidifier les relations entre les uns et les autres et nous donner l’élan pour créer de meilleurs livres.