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Une nouvelle orientation des aides aux compositrices et compositeurs, attribuées par le CNM

Un entretien avec Joshua Darche, compositeur, président de l’U2C, membre de la Commission des programmes Sacem, représentant du groupement « Musiques à l’image » du Snac, vice-président du Snac.

Bulletin des Auteurs – Quel est le changement survenu dans l’attribution des aides aux compositrices et compositeurs par le Centre national de la Musique ?

Joshua Darche – En 2021 avait été instaurée une aide à l’écriture et à la composition d’œuvres musicales, attribuée par le Centre national de la musique [CNM] de manière automatique, sans critère sélectif, d’un montant de 5 000 euros maximum. Elle permettait de libérer du temps pour composer en dehors des commandes, ou d’acquérir du matériel, indispensable aujourd’hui à l’exercice de notre métier.

Ce dispositif était parfaitement adapté à notre filière.

En 2021, 340 dossiers ont été déposés, 237 aides ont été attribuées, pour un montant total de 1 109 873 euros.

En 2022, 432 dossiers ont été déposés, 345 aides ont été attribuées, pour un montant total de 1 725 000 euros.

En 2023, 803 dossiers ont été déposés, 561 aides ont été attribuées, pour un montant total de 2 805 000 euros.

En 2024, 597 dossiers ont été déposés, 452 aides ont été attribuées, pour un montant total de 2 260 000 euros.

Le montant de la dotation a baissé, d’environ 2 millions à 1 400 000 euros en 2025, qui a été une année de transition, où la dotation globale de 1 400 000 euros a, de plus, été divisée en deux parties de 700 000 euros chacune.

L’aide automatique a été maintenue en 2025 par la première partie du budget (251 dossiers déposés, 116 aides attribuées, pour un montant total de 580 000 euros, à raison de 5 000 euros par aide).

La deuxième partie du budget a été consacrée à la création d’une « Aide au parcours des auteurs/ autrices et/ ou compositeurs/ compositrices », destinée « à soutenir le développement et la prise de risque des auteurs, autrices, compositeurs, compositrices d’œuvres musicales et d’humour », notamment pour soutenir « la structuration professionnelle », et inciter « à l’exploitation et à la diffusion commerciale d’œuvres originales », alors qu’un compositeur qui a un éditeur n’a pas nécessairement besoin d’un soutien au développement. Par ailleurs, que signifie « la prise de risque » ? Toute création est une prise de risque.

Cette aide au parcours vise aussi à « accompagner les temps d’écriture/ composition à un moment charnière de [la] carrière ». Que faut-il entendre par « moment charnière » ? Quand on débute, quand on reprend une carrière interrompue ? C’est assez flou.

Cette aide sélective est d’un montant de 20 000 euros.

En 2025, sur 219 dossiers déposés, 158 ont été recevables, dont 18 % présentés par des compositrices. 35 aides ont été attribuées. 20 des 35 projets retenus sont portés par des compositrices, soit 57 %.

Sur ces 35 aides, deux seulement ont été attribuées à des compositrices ou compositeurs de Musique à l’image et à la scène.

On voit ainsi une baisse drastique du nombre des compositeurs et compositrices qui ont été aidé.es.

B. A. – Les compositeurs et compositrices n’ont pas été entendu.es.

Joshua Darche – Nous estimons tous, Unac, U2C, GAM et Snac, que nous a été plus ou moins imposée la mise en place de cette aide sélective, désormais intitulée « Aide au parcours » et soumise à des critères complexes d’éligibilité, qui exigent des dossiers compliqués à constituer par les candidat.es comme à examiner par le personnel du CNM. Nous avons été invités à participer, bénévolement, à onze séances, en 2024, 2025 et 2026, en groupes de travail autour des aides du CNM mais nous avons le sentiment d’avoir travaillé dans le vide, sans être véritablement écoutés.

Cependant, nous espérions que l’autre partie du budget global, également d’un montant de 700 000 euros, serait mieux administrée, et peut-être, même si réduite de moitié, pérenniserait l’aide automatique de 5 000 euros maximum, encore en vigueur en 2025.

Eh bien, il semblerait que non. Le CNM a annoncé la mise en place d’une deuxième aide sélective, intitulée « Aide à l’écriture et à la composition d’œuvres musicales », tout autant soumise à des critères d’éligibilité, d’un montant de 10 000 euros, destinée aux « carrières émergentes ». 70 compositeurs et compositeurs pourraient être ainsi aidé.es.

En tout, 35 plus 70, 105 compositeurs et compositrices seraient aidé.es, contre 280 selon le système antérieur, avec le budget actuel de 1 400 000 euros.

Nos organisations ont émis de fortes réserves.

Conscient de notre ferme opposition, le CNM souhaite un nouveau dialogue.

Ainsi, la concertation sur ce nouveau fléchage est remise à l’étude.

Il est difficile de comprendre la volonté du CNM de modifier un système qui fonctionnait au bénéfice de toutes et tous. À suivre…