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Quand les compositrices et compositeurs entrent dans la carrière

Un entretien avec Siegfried Canto, compositeur, responsable du groupement « Musiques à l’image » du Snac, vice-président du Snac.

Bulletin des Auteurs – Le Forum itinérant des Musiques à l’Image s’est tenu à Marseille au début du mois d’avril.

Siegfried Canto – Nous organisons le Fimi, depuis plusieurs années déjà, de manière collégiale, Unac ,U2C et Snac. Nous allons à la rencontre des compositeurs.trices, réalisateurs et producteurs avec à chaque fois des sujets très différents. Nos Fimi traitent du métier de compositeur.trice et, de manière plus large, de l’écosystème de la Musique à l’image.

En ce mois d’avril 2026, nous avons été présents à Marseille, au Festival Music & Cinéma. Nous y avons conduit une table ronde autour du thème : « Comment développer sa carrière de compositeur.trice dans l’audiovisuel ». Notre plateau mixte et à parité réunissait six professionnels.

Laetitia Pansanel Garric et Joshua Darche représentaient l’U2C, Laetitia Frénod et Laurent Juillet représentaient l’Unac, Julie Roué et moi-même représentions le Snac. Louise Beuloir, juriste du Snac, a assuré la modération.

Toutes et tous nous avons des parcours, des expertises, des territoires de travail assez différents, mais complémentaires. Il était intéressant de pouvoir offrir un panel assez large au public, avec des compétences pointues dans la musique à l’image et l’audiovisuel.

Quelques jours après, nous étions à Rennes pour un autre Fimi au Festival national du film d’animation, où nous avons conduit une table ronde autour du thème : « Auteurs et compositeurs pour l’animation ; regards croisés sur les conditions de travail et les rémunérations ».

B. A. – Quelles perspectives s’ouvrent quand on compose pour les Musiques à l’image ?

Siegfried Canto – Quand on s’adresse à des compositrices et compositeurs qui entrent dans ce métier, on doit bien spécifier qu’au-delà des compétences artistiques, d’autres savoir-faire sont indispensables pour valoriser pleinement son travail et construire une carrière durable.

 

La Musique à l’image et l’audiovisuel offrent une diversité remarquable de points d’entrée au développement de sa carrière. Le court métrage, le long métrage, le documentaire, la fiction, la série, la musique de librairie, la publicité, le jeu vidéo sont autant de territoires a priori ouverts à notre compétence. Chacun avec ses codes, ses interlocuteurs, ses économies. Reste à savoir comment y développer notre talent. Il est important de bien identifier l’ensemble de la filière.

Si, avec le temps, on se spécialise parfois dans un domaine, on est souvent amené à naviguer entre des projets de nature différente. Cela demande beaucoup de souplesse et d’adaptation. Par exemple, les modalités de travail en musique de librairie ou en fiction ne sont pas les mêmes ! C’est bien là l’une des richesses de ce métier.

B. A. – Quelles compétences doit-on avoir, ou acquérir ?

Siegfried Canto – Le propos de nos tables rondes n’est pas d’expliquer au public comment écrire de la musique de films, le talent est là, la difficulté consiste en la création de son réseau, à l’entretenir, à le développer, trouver ses projets. Même si notre musique est notre meilleure carte de visite, le savoir-faire est tout aussi important que le savoir-être. De multiples tâches extra-musicales sont essentielles à accomplir. Le métier évolue vite. Aujourd’hui de grandes compétences techniques sont nécessaires, ce qui implique de solides acquis et une maîtrise des outils, de faire preuve de réactivité, de savoir communiquer, gérer la relation avec les commanditaires, les partenaires, qu’ils soient réalisateurs.trices ou producteurs, éditeurs, artistes interprètes, pouvoir comprendre la dramaturgie d’un films, être capable de s’adapter aux plannings qui bougent. Tout cela s’apprend au fil des projets.

Par ailleurs, quand on commence, on est parfois peu regardant sur les conditions de travail, aux notions de droit d’auteur. On ne sait pas forcément déchiffrer, interpréter, négocier un contrat, on a du mal à se positionner. Ça fait beaucoup de choses à appréhender.

B. A. – Est-il intéressant de créer sa propre structure ?

Siegfried Canto – Quand on débute ? Oui et non. Ce n’est pas l’essentiel au départ. Rappelons d’abord que le cœur de notre métier est avant tout l’artistique, écrire de la musique, accompagner un projet, un réalisateur en trouvant la voix de ses images. La priorité au début d’une carrière, c’est d’être identifié, cette question se pose plus tard.

En termes de structuration, tous les modèles existent. Tous ont leurs qualités, et leurs travers. Certains compositeurs montent leur propre structure d’édition, d’autres leur propre société de production, ce qui leur permet de garder la main sur la fabrication ou leur répertoire. Mais monter sa structure signifie aussi une vraie charge de travail supplémentaire. Cela demande du temps, de l’investissement, une compétence, des connaissances. Ça peut ne pas correspondre à tous.

Les éditeurs de librairie musicale accomplissent aussi un vrai travail d’accompagnement des œuvres, dont il peut être dommage de se priver. Encore une fois, ça dépend des projets.

On peut aussi travailler avec un agent, qui peut aider à la négociation des contrats, être un apporteur d’affaires.

Il y a beaucoup de portes d’entrées et de manières d’évoluer. Un tel choix dépend du profil de la personne, de son projet, des opportunités. Il n’y a pas de formule miracle et vous trouverez autant de profils que de compositeur.trices.

B. A. – Composer nécessite aujourd’hui un matériel important.

Siegfried Canto – Disposer d’un matériel qui nous permette de travailler est devenu la norme. Ces outils ont un coût et nous avons du mal à les valoriser auprès des producteurs qui ont pris de mauvaises habitudes.

Nous encourageons vraiment chacune et chacun à bien différencier la partie Création (prime de commande), qui relève du droit d’auteur, de la partie Production de la musique et mixage, qui est un travail de technicien, et doit donner lieu à un salaire, dans le cadre du régime de l’intermittence.

Cette distinction n’est pas toujours évidente pour les nouveaux entrants dans le métier, et c’est compréhensible : notre filière est dense, avec de nombreux acteurs aux rôles parfois mal identifiés. L’un des objets du Fimi est précisément d’aider à les cartographier pour que chacun puisse mieux se repérer.

B. A. – Face aux bouleversements que traverse votre filière, comment garder le cap et rester optimiste ?

Siegfried Canto – Nous sommes à un moment charnière dans nos métiers. L’arrivée de l’IA bouleverse le paysage, bien malin celui qui sait où cela va. Le streaming prend de plus en plus de place et chamboule la rémunération déjà précaire des auteurs. Mais il faut rester optimiste, je pense qu’il y aura toujours des réalisatrices et réalisateurs pour s’emparer de sujets portés par une exigence artistique et qui ne se satisferont pas de solutions IA. Les cinéastes et réalisateurs de l’audiovisuel savent ce que la musique apporte à leurs images et ne sont pas près de s’en passer. Ils auront toujours besoin de compositrices et compositeurs qui pensent, écoutent et créent vraiment.